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Multikulti ist absolut gescheitert

Catégories: Nos capsules d'intérêt

Publié le 01-13-11 à 15:09

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L’appel a retenti en provenance de l’Allemagne. Dans une sortie bien planifiée, la chancelière Angela Merkel déclarait que le multiculturalisme allemand était un échec total et avait mené à la ghettoïsation des immigrants.

Ce signal a eu beaucoup d’impact en raison du poids démographique et économique de l’Allemagne, mais faisait toutefois écho à la réflexion de plusieurs nations, comme les Pays-Bas, qui ont jadis emprunté la voie multi-culturaliste et qui remettent désormais ce choix en question.

Pour l’Angleterre, qui est en quelque sorte le berceau du multiculturalisme, cette façon d’aborder le «vivre ensemble» est également remise en question. Les attentats de juillet 2005 commises par des terroristes, nés sur le sol anglais, ayant étudié dans de bonnes écoles et bénéficiant de perspectives économiques favorables, ont stupéfié les Anglais.

D’autres pays, comme la France et la Grèce, ont emprunté des voies différentes. Ils valorisent l’intégration des immigrants à une culture nationale forte. Des événements similaires dans ces deux pays ont mis en relief des tensions raciales et sociales. En 2005, à Clichy-sous-Bois, deux adolescents sont décédés après avoir été poursuivis par des policiers. Ce drame a été le catalyseur d’émeutes qui ont embrasé plusieurs banlieues. Malgré ces tensions, les politiciens français n’ont pas remis leur politique en question, bien que leur pays doive faire face aux mêmes défis, comme la ghettoïsation et l’exclusion. Ils semblent au contraire durcir leur attitude, ce qui leur vaut l’appui de l’opinion publique.

Globe and Mail editorial : Strike multiculturalism from the national vocabulary

Au Canada, dans une série d’articles très fouillés, le Globe and Mail recommandait de mettre le multiculturalisme au rancart. Pour un lecteur canadien moyen, c’est un peu comme si le National Post annonçait que le Canada n’était finalement pas assez «socialist». Ou bien, que la Gazette titrait en éditorial que les lois linguistiques au Québec devraient être renforcées. Pour l’intelligentsia canadienne en général -et torontoise en particulier-, cette charge contre le multiculturalisme aurait été impensable il y a quelques années. D’ailleurs, l’actuel maire de Toronto, Rob Ford, s’est clairement différencié de son adversaire au cours de la campagne électorale en faisant une charge en règle contre les seuils d’immigration.

Pour plusieurs pays, le multi-culturalisme constitue une politique d’intégration des immigrants. Pour le Canada, il est au cœur même de son identité.  Cette politique est enchâssée dans la charte des Droits et Libertés à l’acticle 27.

Au Québec, ce fameux article très loin de faire l’unanimité a donné naissance à la crise sur les accommodements raisonnables. Le jugement de la Cour suprême sur le port du Kirpan dans les écoles a été le catalyseur du ras-le-bol des Québécois face à ce que beaucoup considèrent comme une atteinte à l’identité québécoise, contraire au sens commun et aux valeurs québécoises. Cette crise a failli permettre à un tiers parti (l’ADQ) de prendre le pouvoir. Afin de calmer le jeu, le gouvernement Charest a institué la commission Bouchard-Taylor pour se pencher sur la question. Leur réponse a été l’inter-culturalisme qui, de l’aveu de Charles Taylor, est très près du multiculturalisme («multiculturalism with a twist» a été sa réponse à un journaliste qui lui demandait la différence entre le multiculturalisme et l’inter-culturalisme). Daniel Weinstock, expert-conseil sur cette commission déclarait: «Donc, je ne pense pas que l'interculturalisme et le multiculturalisme sont si différents que ça. [...] La différence tient plus à des nuances qu'à des principes fondamentaux. ». D’ailleurs, selon Jean Charest, lui-même commanditaire du rapport, la lecture de ce dernier est très complexe et difficile à comprendre pour celui qui ne gagne pas sa vie avec ces questions.

De fait, ces questions renvoient à notre rapport avec l’autre, avec la religion (ou la laïcité) et avec la citoyenneté.

Au-delà des réflexions d’intellectuels et de l’agenda des politiciens, que pensent les Canadiens de ces questions? C’est grâce à Panorama (ex-3SC), outil de mesure des valeurs sociales unique en son genre, CROP mesure ces perceptions depuis 1983.

Bien que ces notions méritent beaucoup de nuances, nous avons voulu les réduire à leur plus simple expression. Ainsi, nous avons divisé les attitudes possibles face aux nouveaux arrivants en trois postures possibles.

Les anti-immigrations : vous n'êtes bienvenus à aucun moment

Ces Canadiens perçoivent négativement l’immigration, notamment car elle menace  l’idée d’une certaine homogénéité. Ils sont d’accord avec l’affirmation «Globalement, il y a trop d'immigration et cela menace la pureté du pays».  Au plan des valeurs, ils ont clairement l’idée que leur nation est supérieure à celle des autres. Ils sont cyniques,  favorisent  davantage un darwinisme social et sont allergiques au progressisme, aux mesures sociales, à l’implication des gouvernements et au métissage culturel. La consommation joue un très grand rôle dans la construction de leur identité. On les retrouve davantage au Québec et en Alberta et moins dans les provinces côtières du Canada (dans les Maritimes et en Colombie-Britannique). La plupart ont peu d’éducation et vivent dans de petites communautés.

Les multi-culturalistes : bienvenue chez nous, faites comme chez vous

À l’autre extrémité du spectre, nous retrouvons les Canadiens qui pensent que le pays d’accueil devrait faire tout en son possible pour s’adapter aux immigrants. Ils sont en désaccord avec l’affirmation «Les immigrants de différentes races et groupes ethniques devraient mettre de côté leur culture et essayer d'adopter la culture canadienne ».  Au plan psychologique, ils sont très souples, très ouverts aux nouvelles formes de familles, aux nouveaux rôles sexuels, à autrui et au métissage. Ils ne sont pas enracinés au sens où ils sont très peu portés sur leur passé, leurs us, coutumes et  traditions. Ils vivent dans leurs émotions et dans leur relation avec les autres. Leur rapport avec l’état est complexe, car ils désirent que l’état s’implique davantage bien qu’ils s’en méfient passablement. Ils sont préoccupés par l’environnement et se méfient des grandes entreprises. Enfin, ils se sentent en contrôle de leur vie et ne sont ni fatalistes, ni cyniques. Sur le plan sociodémographique, on retrouve davantage de fervents du multiculturalisme chez les scolarisés, les moins de 35 ans et les femmes. Ils sont proportionnellement plus nombreux dans les Maritimes et beaucoup moins nombreux au Québec.

Les pro-intégrations : bienvenue chez nous, faites comme chez nous

Ce groupe a une opinion favorable de l’immigration, dans la mesure où les nouveaux immigrants s’intègrent à la terre d’accueil. Ils sont d’accord avec l’affirmation «Les immigrants de différentes races et groupes ethniques devraient mettre de côté leur culture et essayer d'adopter la culture canadienne». Ce sont des gens pragmatiques, modérés qui valorisent une certaine éthique. Des Canadiens pour qui la citoyenneté confère des droits mais également des responsabilités. Ils cultivent et valorisent leurs traditions.

Historique
Période pré-2001

En 1995, près d’un Canadien sur deux (45%) se disait contre l’immigration. Cette proportion a rapidement diminué à la fin des années 90 pour se stabiliser à près de 35%. Les Canadiens multi-culturalistes constituaient 29% de la population en 1995 et leur nombre a rapidement augmenté au cours de la fin du dernier millénaire pour atteindre 40%. Cette période 1995-2000 correspond à un véritable pivot dans l’opinion publique.  Nous avons ainsi assisté à un transfert rapide et drastique du sentiment de crispation envers l’immigration à une posture d’ouverture complète.

Période 2001-2002

Les événements de septembre 2001 ont ensuite changé la donne. Bien qu’éphémère, la mesure de 2002 montre un retour du sentiment de fermeture envers les immigrants. Il faut se remémorer le climat de l’époque pour bien apprécier ce résultat.
Période post-2002
Par la suite, de 2005 jusqu’à nos jours, nous observons une érosion des appuis au multiculturalisme au profit de ceux qui prônent une intégration des immigrants à une culture nationale forte. Cette dernière posture est en hausse constante depuis 2005. Aujourd’hui, près d’un Canadien sur trois (32%) se reconnaît dans la catégorie pro-intégration alors qu’ils étaient seulement un sur quatre (26%) en 1995.

Conclusion

Dans son rapport annuel sur l’immigration 2010, le Ministère de la Citoyenneté et de l’Immigration du Canada annonce que le Canada recevra environ 250 000 nouveaux arrivants en 2011 (entre 240 000 et 270 000 pour être plus précis). Ainsi, au cours des cinq prochaines années, c’est davantage que la population du Manitoba que nous accueillerons. Au Québec, les seuils d’immigration ont été établis à 55 000.

Pour un pays comme le Canada, aux prises avec un vieillissement de la population et un faible taux de natalité, les immigrants constituent le soutien à la croissance de la population active et à la croissance économique par le fait même. Les grands centres urbains du Canada ont des taux d’immigration parmi les plus élevés au monde. Par exemple, en 2006, 52% des résidents de la ville de Toronto n’étaient pas nés au Canada.

Le succès de l’immigration réside en la capacité des immigrants à se tailler une place dans la terre d’accueil et également en la capacité de la société d’accueil à recevoir les immigrants. Un danger potentiel serait le braquage de l’opinion publique à l’endroit de l’immigration. Comme nous l’indique le graphique; ce n’est pas le cas en ce moment. Le sentiment négatif face à l’immigration est stable depuis une dizaine d’années.
Les Canadiens sont toutefois de plus en plus nombreux à désirer que les immigrants s’intègrent aux valeurs canadiennes. Est-ce en raison de l’activisme de certains lobbys religieux? Est-ce parce que certains Canadiens nés au pays ont l’impression d’être minorisés dans leur propre communauté? Toujours est-il que faire abstraction de ce sentiment pourrait mener à une crispation du sentiment face à l’immigration. Si les Canadiens sentent que le seul choix qui s’offre à eux est celui entre le multiculturalisme et l’anti-immigration, plusieurs choisiront la dernière option.

Par CROP